En quelques jours, Anthropic a fait deux annonces qui marquent un changement d'échelle. Le 28 mai, le jour même de la sortie d'Opus 4.8, l'entreprise a annoncé une levée de fonds de 65 milliards de dollars. Et le 1er juin, elle a annoncé avoir déposé confidentiellement un projet de document d'introduction en bourse auprès du régulateur américain.
Ce ne sont pas des nouveautés techniques, mais elles concernent tous ceux qui utilisent Claude au quotidien : elles disent quelque chose de la trajectoire de l'entreprise qui construit nos outils.
- Montant : 65 milliards de dollars.
- Valorisation : 965 milliards de dollars après la levée (post-money).
- Menée par : Altimeter Capital, Dragoneer, Greenoaks et Sequoia Capital.
- Co-menée par : Capital Group, Coatue, D1 Capital Partners, GIC, ICONIQ et XN.
De nombreux autres investisseurs participent, dont Baillie Gifford, Blackstone, Fidelity, General Catalyst, Jane Street, Lightspeed, T. Rowe Price et Temasek. Le tour inclut aussi 15 milliards de dollars d'investissements déjà engagés par les grands fournisseurs de cloud, dont 5 milliards d'Amazon.
Des partenaires d'infrastructure rejoignent le tour : Micron, Samsung et SK hynix, trois acteurs majeurs de la mémoire, du stockage et des puces logiques.
Anthropic indique que ses revenus annualisés (run-rate revenue) ont dépassé 47 milliards de dollars début mai. Le revenu annualisé, c'est une projection sur un an du revenu récent : un indicateur de rythme, pas un chiffre d'affaires comptable annuel.
Depuis la série G de février, l'adoption a continué de progresser, notamment dans les grandes entreprises, qui déploient Claude dans leurs opérations principales.
Selon l'annonce, les fonds serviront à :
- faire avancer la recherche en sécurité et en interprétabilité ;
- augmenter la capacité de calcul pour répondre à la demande ;
- développer les produits et les partenariats.
Le directeur financier, Krishna Rao, cite explicitement Claude Code et Cowork parmi les outils qu'Anthropic veut rendre plus utiles, plus puissants et plus adaptables.
L'annonce revient sur l'expansion de la capacité de calcul des dernières semaines :
- avec Amazon, jusqu'à 5 gigawatts de nouvelle capacité ;
- avec Google et Broadcom, 5 gigawatts de capacité TPU de nouvelle génération ;
- avec SpaceX, un accès à la capacité GPU de Colossus 1 et Colossus 2.
Anthropic souligne que Claude est le premier modèle de pointe disponible sur les trois plus grands clouds : AWS, Google Cloud et Microsoft Azure. AWS reste son principal fournisseur de cloud et son partenaire d'entraînement.
On avait vu début mai les premiers effets de ces accords : les limites de Claude Code doublées et la fin de la réduction aux heures pleines.
Le 1er juin, Anthropic, PBC a annoncé avoir soumis confidentiellement un projet de formulaire S-1 à la SEC, le gendarme de la bourse américaine, en vue d'une introduction en bourse de ses actions ordinaires.
L'annonce est volontairement sobre, et pour cause : elle est publiée dans le cadre strict de la règle 135 du Securities Act de 1933, qui encadre ce qu'une entreprise peut dire avant une introduction en bourse. Elle précise :
- que ce dépôt lui donne l'option d'entrer en bourse une fois l'examen de la SEC terminé ;
- que l'opération dépendra des conditions de marché et d'autres facteurs ;
- que ni le nombre d'actions ni le prix ne sont fixés ;
- que l'annonce ne constitue ni une offre de vente ni une sollicitation.
Le S-1 est le document d'enregistrement qu'une entreprise américaine dépose avant d'introduire ses actions en bourse. Il contient une description détaillée de l'activité, des comptes, des risques et de la gouvernance.
Le dépôt confidentiel permet à l'entreprise de faire examiner son dossier par la SEC sans le rendre public immédiatement. En général, le document est rendu public plus tard, avant l'introduction effective. Autrement dit : on n'en sait pas plus pour l'instant sur le contenu.
Le nom exact de l'entreprise est Anthropic, PBC, pour Public Benefit Corporation. C'est une forme de société américaine qui, en plus de l'intérêt de ses actionnaires, doit poursuivre une mission d'intérêt général inscrite dans ses statuts.
Pour une entreprise de ce type, la question de l'équilibre entre une mission d'intérêt général et les attentes d'actionnaires cotés en bourse sera, sans doute, l'un des sujets les plus suivis si l'introduction a lieu.
Concrètement, pour les utilisateurs de Claude et de Claude Code, pas grand-chose à court terme. Mais quelques tendances se dessinent :
- plus de capacité de calcul, donc potentiellement des limites plus confortables et des modèles plus lourds servis à grande échelle ;
- un investissement affiché dans Claude Code et Cowork, cités nommément comme priorités ;
- plus de transparence financière à terme, puisqu'une entreprise cotée publie ses comptes.
Et une remarque de bon sens : ces annonces ne sont pas des conseils d'investissement, et cet article non plus.
- 28 mai : série H de 65 milliards de dollars, valorisation de 965 milliards.
- Revenus annualisés au-delà de 47 milliards de dollars début mai.
- Priorités affichées : sécurité et interprétabilité, calcul, produits comme Claude Code et Cowork.
- 1er juin : dépôt confidentiel d'un projet de S-1 auprès de la SEC, première étape vers une possible introduction en bourse.