Il y a un an, utiliser Claude, c'était surtout converser avec un assistant. Aujourd'hui, avec Claude Code et Cowork, une part croissante des sessions sont de longues tâches agentiques. Les transcriptions de conversation ne suffisent plus à mesurer ce que fait l'IA dans l'économie.
Le nouveau rapport Anthropic Economic Index, sous-titré « Cadences », adapte donc sa méthode. Il suit l'usage de Claude heure par heure, classe ce qu'il produit, et, pour la première fois, relie les données d'usage aux réponses d'une enquête menée auprès des utilisateurs.
Trois évolutions :
- un échantillonnage plus fréquent, qui permet d'observer l'usage jusqu'à l'échelle de l'heure, là où les rapports précédents s'appuyaient sur des échantillons de sept jours ;
- un nouveau classifieur qui identifie ce que produit chaque conversation ;
- des données plus détaillées, qui distinguent les conversations (chat et Cowork) et l'API.
L'usage de Claude épouse la semaine de travail. La part des conversations à usage personnel passe d'environ 35 % en semaine à un peu moins de 50 % le week-end. Le week-end, on passe des emails professionnels, des textes marketing et des présentations au soutien émotionnel, aux questions médicales et aux conseils d'investissement.
Dans Claude Code aussi, le week-end change la donne. Les usages qui reculent le plus : l'architecture backend, le débogage d'API et le stockage de données. Ceux qui progressent le plus : la conception d'agents IA, le trading quantitatif et le jeu vidéo. Les side projects, en somme. Les conversations sur la création d'entreprise atteignent aussi leur maximum le samedi et le dimanche.
À l'échelle de la journée, les rythmes sont parlants :
- les demandes d'actualités culminent à 7 h, heure locale ;
- la correspondance professionnelle suit la journée de travail, avec un pic vers 10 h-11 h ;
- les demandes de recettes sont 2,3 fois plus fréquentes à 18 h qu'en moyenne ;
- les conseils sur le sommeil se concentrent dans les heures qui précèdent l'aube, vers 5 h.
Quand on travaille avec Claude le soir ou le week-end, les tâches penchent vers les métiers les mieux payés, et ce n'est pas seulement l'effet des métiers de l'informatique.
Un exemple frappant : la veille de la date limite des déclarations d'impôts américaines, le 14 avril, les conversations fiscales étaient huit fois plus fréquentes qu'un jour moyen de mai.
Le classifieur a identifié une production dans 93 % des conversations. Les plus fréquentes :
| Production | Part des conversations |
|---|
| Explications | 17 % |
| Documents et rapports | 15 % |
| Conseils | 11 % |
Globalement, un tiers des conversations produit une réponse (explication, conseil), un tiers un texte livrable (document, présentation), et environ un sixième du code ou du travail technique.
Certaines productions sont presque toujours personnelles (écriture créative, recettes), d'autres presque toujours professionnelles : contenus marketing (80 %), articles de blog (81 %), requêtes de base de données (82 %).
Plus une tâche a de valeur, plus elle consomme de tokens. Les conversations liées aux métiers mieux payés consomment davantage : par exemple, les tâches de responsables marketing consomment environ 2,5 fois plus de tokens que celles des rédacteurs. Et construire une application consomme plus de trois fois les tokens d'une conversation médiane.
Détail important : dans les métiers mieux payés, Claude produit plus et l'utilisateur s'implique plus (plus d'allers-retours). Les deux vont ensemble. Pour Anthropic, ce schéma ressemble davantage à de l'augmentation du travail qu'à du remplacement.
C'est le résultat qui nous concerne le plus. Pour presque tous les types de production (26 sur 31), l'autonomie laissée à Claude est plus élevée dans Claude Code que dans le chat ou Cowork.
L'exemple des articles de blog est parlant : dans le chat et Cowork, une conversation médiane qui aboutit à un article compte 13 allers-retours. Dans Claude Code, la session médiane n'a qu'un seul prompt.
On pourrait croire que c'est dû au modèle : 54 % des sessions Claude Code tournent sur Opus, contre 10 % des conversations. Mais l'écart persiste à modèle égal. Selon le rapport, le produit utilisé compte probablement plus que le modèle.
Lancée en avril, l'enquête Economic Index a été reliée aux données d'usage d'environ 9 700 répondants. L'échantillon n'est pas représentatif : les métiers de l'informatique représentent environ 30 % des répondants, contre 4 % de l'emploi américain.
Les principaux résultats :
- près de 6 personnes sur 10 pensent que l'IA pourra faire une plus grande part de leurs tâches dans un an qu'aujourd'hui, et plus d'un tiers s'attendent à ce qu'elle en fasse la plupart ou presque toutes ;
- les attentes sur le rythme des progrès sont remarquablement homogènes, quels que soient le pays, le métier ou l'expérience ;
- les débuts de carrière estiment que l'IA peut faire la plus grande part de leur travail, et sont les plus inquiets pour leur emploi ;
- mais, contrairement à une crainte répandue, ceux qui délèguent le plus à Claude sont les plus optimistes sur leur avenir professionnel, et sentent leurs compétences prendre de la valeur ;
- pour la décennie à venir, les espoirs portent sur la collaboration plutôt que le remplacement : préserver le travail qui a du sens, automatiser les corvées, et partager les gains.
Ce rapport confirme une tendance qu'on observe depuis le début de l'année dans les études d'Anthropic : les usages se déplacent vers des tâches plus longues, plus autonomes et plus précieuses, et Claude Code en est le laboratoire. Il ajoute une nuance intéressante : l'optimisme va de pair avec la maîtrise de l'outil. Ceux qui délèguent le plus ne se sentent pas menacés : ils se sentent augmentés.
- L'usage de Claude suit la vie : semaine, week-end, heures de la journée, dates fiscales.
- 93 % des conversations produisent quelque chose, surtout des explications et des documents.
- Plus de valeur, plus de tokens, et plus d'implication humaine en même temps.
- Claude Code laisse plus d'autonomie que le chat, même à modèle égal.
- Les utilisateurs qui délèguent le plus sont les plus optimistes.