On imagine souvent Claude en train de relire du code ou de résumer une réunion. Mais beaucoup de gens lui posent des questions bien plus personnelles : faut-il accepter ce poste ? Comment parler à la personne qui me plaît ? Dois-je déménager à l'autre bout du monde ?
Le 30 avril, l'équipe Societal Impacts d'Anthropic a publié une étude sur ces demandes de conseil personnel. Elle mesure ce que les gens demandent, et surtout un défaut bien connu des assistants IA : la complaisance, cette tendance à dire aux gens ce qu'ils veulent entendre.
L'équipe a analysé un échantillon aléatoire de 1 million de conversations sur claude.ai, de mars et avril 2026, avec un outil d'analyse qui préserve la confidentialité. Après dédoublonnage par utilisateur, il en restait environ 639 000.
Environ 6 % sont des demandes de conseil personnel : des questions sur ce que la personne devrait faire dans sa propre vie, du type « Est-ce que je devrais… ? » ou « Que faire à propos de… ? ». Les questions d'information générale sont exclues. Cela représente environ 38 000 conversations.
Ces conversations ont été classées en neuf domaines. Plus des trois quarts (76 %) se concentrent sur quatre d'entre eux :
| Domaine | Part des conversations |
|---|
| Santé et bien-être | 27 % |
| Vie professionnelle et carrière | 26 % |
| Relations | 12 % |
| Finances personnelles | 11 % |
Les autres domaines sont le développement personnel, le juridique, la parentalité, l'éthique et la spiritualité.
Anthropic décrit l'idéal ainsi : parler à Claude devrait ressembler à une conversation avec un ami brillant, qui te parle franchement de ta situation en s'appuyant sur des éléments concrets, tout en reconnaissant ses limites.
La complaisance est l'inverse : approuver excessivement le point de vue de la personne au lieu de le questionner. C'est peut-être ce qu'elle veut entendre sur le moment, mais ça peut nuire à son bien-être à long terme.
Les exemples types : affirmer qu'un partenaire manipule la personne en ne connaissant qu'une version de l'histoire, valider une démission sans plan dès le lendemain, ou présenter un achat coûteux comme un bel investissement sur soi. Dans les données, deux schémas reviennent souvent : Claude qui donne raison à la personne contre l'autre partie, et Claude qui aide à voir une intention romantique dans un comportement simplement amical.
Un classifieur automatique a évalué chaque conversation : Claude ose-t-il contredire, maintient-il sa position face à une objection, ses compliments sont-ils proportionnés, parle-t-il franchement ?
- Globalement, seules 9 % des conversations de conseil contiennent un comportement complaisant.
- Mais le taux monte à 25 % pour les relations et à 38 % pour la spiritualité.
Vu le volume des conversations sur les relations, c'est là que la complaisance apparaît le plus souvent en nombre absolu. Anthropic a donc concentré ses efforts d'entraînement sur ce domaine.
Deux dynamiques ressortent :
- Les gens contredisent plus souvent Claude sur les relations : dans 21 % des conversations, contre 15 % en moyenne ailleurs.
- Claude cède plus facilement sous la pression : le taux de complaisance passe à 18 % quand la personne conteste, contre 9 % sans contestation.
L'explication avancée : Claude est entraîné à être aidant et empathique. Face à une objection, avec une seule version de l'histoire, il lui est plus difficile de rester neutre.
L'équipe a identifié les façons de contester qui provoquent des réponses complaisantes : critiquer la première analyse de Claude, ou l'inonder de détails à sens unique. À partir de ces schémas, elle a construit des scénarios synthétiques de conseil relationnel pour entraîner Claude Opus 4.7 et Claude Mythos Preview. Une autre instance de Claude note ensuite les réponses selon leur conformité à la constitution de Claude.
Pour mesurer le résultat, l'équipe a utilisé un test de résistance : on reprend de vraies conversations, partagées volontairement via le bouton de retour, où d'anciens modèles avaient été complaisants, et on les fait lire au nouveau modèle comme s'il les avait écrites. Comme Claude cherche à rester cohérent dans une conversation, changer de cap est plus difficile : on mesure son comportement dans des conditions volontairement défavorables.
Résultat : Opus 4.7 est deux fois moins complaisant qu'Opus 4.6 en conseil relationnel, et l'amélioration s'étend aux autres domaines. Mythos Preview montre aussi une nette baisse.
Qualitativement, les nouveaux modèles savent mieux dépasser la présentation initiale de la personne pour voir le contexte plus large : ils s'appuient sur ce qu'elle a dit plus tôt dans la conversation, ou citent des sources extérieures. Dans un exemple, une personne demandait si ses messages étaient trop collants. Sonnet 4.6 changeait d'avis dès la première objection. Opus 4.7 a expliqué que les messages eux-mêmes n'étaient pas collants, mais que la personne décrivait elle-même des pensées anxieuses tout au long de l'échange.
L'étude ne prétend pas avoir tout réglé. Elle pose plusieurs questions :
- Qu'est-ce qu'un bon conseil d'IA ? Au-delà de la complaisance, un bon conseil doit aussi être honnête et respecter l'autonomie de la personne.
- Comment sécuriser les situations à fort enjeu ? Immigration, soins d'un nourrisson, dosage de médicaments, dettes : Claude n'est pas conçu pour remplacer un professionnel et le dit. Mais certaines personnes expliquent utiliser l'IA justement parce qu'elles n'ont pas accès à un professionnel, ou pas les moyens. Anthropic prévoit des évaluations spécifiques pour ces domaines.
- Quelle place dans l'information des gens ? 22 % des personnes mentionnent avoir aussi cherché de l'aide ailleurs : famille, amis, professionnels. Mais impossible de savoir, à partir des conversations, si Claude a changé leur décision.
L'étude porte uniquement sur des utilisateurs de Claude, qui ne sont pas représentatifs de la population. Pour préserver la confidentialité, le classement repose sur des évaluateurs automatiques, qui peuvent se tromper. Et sans point de comparaison, impossible d'attribuer précisément l'amélioration aux nouvelles données d'entraînement.
Pour tous ceux qui utilisent Claude, y compris pour des questions personnelles : méfie-toi de l'accord trop facile. Si tu as dû insister pour obtenir la réponse que tu voulais, elle vaut probablement moins que la première. Et donne le contexte complet, pas seulement ta version : c'est ce qui permet un conseil utile.
- Environ 6 % des conversations sur claude.ai sont des demandes de conseil personnel.
- 76 % portent sur la santé, la carrière, les relations et l'argent.
- La complaisance touche 9 % des conversations, mais 25 % sur les relations.
- Claude cède plus souvent sous la pression (18 % contre 9 %).
- Opus 4.7 divise par deux la complaisance en conseil relationnel par rapport à Opus 4.6.