On a beaucoup d'intuitions sur la façon dont les gens utilisent Claude Code. Le 16 juin, l'équipe économie d'Anthropic a publié des données : une analyse d'environ 400 000 sessions interactives, menées par environ 235 000 personnes entre octobre 2025 et avril 2026, avec un outil qui préserve la confidentialité.
Le titre de l'étude résume sa conclusion : le codage agentique et la valeur durable de l'expertise. Voici ce qu'elle nous apprend, et ce qu'on peut en tirer pour notre propre pratique.
- Dans une session typique, l'humain prend la plupart des décisions de planification (quoi faire) et Claude la plupart des décisions d'exécution (comment le faire).
- Plus la personne maîtrise son domaine, plus Claude accomplit de travail par instruction.
- Sur les tâches de code, toutes les grandes familles de métiers réussissent presque aussi souvent que les ingénieurs logiciels.
- L'expertise augmente les chances de succès, mais l'écart entre intermédiaires et experts reste modeste.
- En sept mois, la part des sessions consacrées au débogage a presque été divisée par deux.
- La valeur estimée des tâches a augmenté d'environ 25 % en moyenne.
Chaque session a été classée selon neuf modes de travail. Environ 56 % des sessions consistent à écrire du code (25 %), le corriger (26 %), ou le tester et orchestrer (5 %). L'exploitation de logiciels (déployer, configurer, surveiller) représente 17 %, la planification et l'exploration 14 %, et la production d'analyses ou de documents 13 %.
Pour vérifier la fiabilité du classement, les résultats ont été confrontés à la télémétrie : plus de 90 % des sessions classées comme créant ou modifiant du code montrent effectivement des modifications de code.
C'est le cœur de l'étude. Un classifieur a listé les décisions importantes de chaque session et les a attribuées à l'humain ou à Claude, en distinguant :
- la planification : quoi faire, quelle approche, quand considérer que c'est fini ;
- l'exécution : quels fichiers modifier, quel code écrire, quelles commandes lancer.
Résultat : en moyenne, les gens prennent environ 70 % des décisions de planification, mais seulement 20 % des décisions d'exécution. La répartition est nette : l'humain décide quoi construire, l'agent décide comment.
Côté rythme, une session typique compte environ quatre allers-retours. Chaque message déclenche en moyenne une chaîne d'environ 10 actions de Claude (parfois plus de 100), et environ 2 400 mots de sortie. Quand l'utilisateur garde la main sur l'exécution, Claude fait environ 8 actions par tour ; quand Claude prend en charge la planification, il en fait environ 16.
Un classifieur a estimé le niveau d'expertise de chaque utilisateur sur la tâche, sur une échelle de novice à expert, à partir de trois signaux : la précision des consignes, ce que la personne demande de vérifier, et qui corrige qui.
Point crucial : l'expertise est propre à la tâche. Un ingénieur senior qui pose sa première question sur Rust est un débutant en Rust. Un comptable qui n'a jamais utilisé Python, mais qui dicte précisément les règles de rapprochement qu'un script doit appliquer et repère le cas limite de la clôture mensuelle, est un expert de cette tâche.
Les écarts sont importants. Dans une session de novice, chaque message déclenche environ 5 actions et 600 mots. Dans une session d'expert, 12 actions et 3 200 mots, soit des chaînes plus de deux fois plus longues et cinq fois plus de production.
La conclusion d'Anthropic : ce qui détermine le succès, c'est la compréhension du problème, pas la formation en programmation. Les experts d'un domaine réussissent plus souvent et se remettent plus facilement des erreurs et des malentendus. Mais l'écart avec les intermédiaires est modeste : une bonne maîtrise du domaine suffit à utiliser l'outil presque aussi efficacement que les meilleurs.
Le métier a pu être déduit dans environ 70 % des sessions. Le classifieur avait pour consigne de ne pas considérer le fait de coder comme un indice de métier de développeur : un juriste qui écrit un script pour repérer des clauses manquantes dans des contrats est compté parmi les juristes.
Sans surprise, les métiers de l'informatique et des mathématiques sont les plus nombreux. Suivent les métiers de la gestion et de la finance, des arts, du design et des médias, du management et des sciences. Les groupes hors logiciel qui progressent le plus vite : le management, la vente et le juridique.
Entre octobre 2025 et avril 2026, la nature du travail a nettement changé :
- la part des sessions consacrées à corriger du code cassé est passée de 33 % à 19 % ;
- l'exploitation de logiciels est passée de 14 % à 21 % ;
- l'écriture et l'analyse de données ont environ doublé, d'environ 10 % à 20 %.
Pour estimer la valeur des tâches, l'étude les compare à ce qu'elles coûteraient sur une plateforme de freelances. Selon cette mesure, la valeur de la session moyenne a augmenté d'environ 27 % entre octobre et avril. Les tâches de construction, d'exploitation et de correction ont chacune gagné environ un tiers ou plus.
Quelques leçons concrètes à en tirer :
- Garde la main sur le « quoi ». C'est là que ta valeur est la plus forte. Des objectifs clairs, des critères de fin explicites, un plan validé.
- Délègue le « comment ». Plus tu es précis sur l'intention, plus Claude peut enchaîner d'actions utiles sans toi.
- Dis ce qu'il faut vérifier. C'est l'un des signaux d'expertise : demander des tests, des preuves, des vérifications ciblées.
- Apporte ton expertise métier. Si tu n'es pas développeur mais que tu maîtrises ton domaine, les données disent que tu peux réussir presque aussi bien qu'un ingénieur.
- Élargis tes usages. Déploiement, analyse de données, documents : Claude Code n'est plus seulement un outil pour écrire du code.
- ~400 000 sessions de Claude Code analysées, d'octobre 2025 à avril 2026.
- 70 % des décisions de planification prises par l'humain, 80 % des décisions d'exécution par Claude.
- L'expertise du domaine, plus que le code, fait la différence : deux fois plus d'actions par message chez les experts.
- Le débogage recule (de 33 % à 19 % des sessions), et la valeur des tâches progresse d'environ un quart.